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Récolte de tortues devant
la tour du four à chaux (1990)

Valorisation (années 1980)

Calibrage des jeunes tortues (1983)

Libération (28 avril 1985)
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L’EXPLOITATION DE LA CHAUX
Bien avant l’activité liée aux tortues marines, le site de Kélonia vit au rythme de la chaufournerie. Vers 1940 est construit le plus haut four à chaux de l’île qui, 10 ans plus tard, sera concurrencé par la chaux d’importation et le ciment. Le four cesse de fonctionner en 1960. En 1969, un arrêté préfectoral interdit l’extraction du corail dans le lagon. Dès lors, la chaufournerie s’éteint peu à peu. Cette activité nécessitait beaucoup de main d’oeuvre. Tout comme son père avant lui, Jean Marc Atrigo est employé sur le four jusqu’à sa fermeture. «C’était dur, toute la journée on transportait sur nos têtes les paniers de coraux. Souvent de la chaux restait collée à notre peau, pour s’en débarrasser on s’enduisaient d’huile de coco...»
UN PROJET INNOVANT
La pose de la première pierre de la Ferme CORAIL en 1977, génère de grands espoirs pour La Réunion. Financé par des capitaux réunionnais et métropolitains, avec le soutien des collectivités, cet établissement aquacole innovant doit créer des emplois et exporter sa production dans le monde entier. La ferme pilote de Saint-Leu est la préfiguration d’un projet ambitionnant de produire 1000 tonnes par an. Mais déjà certaines associations écologistes critiquent cet élevage conçu sur le modèle productiviste des années 70.
LA FILIÈRE TORTUE
L’élevage favorise le développement d’une véritable filière économique utilisant sa production. Les formations (1980, 1981 et 1982) en artisanat utilisant l’écaille d’élevage sont un succès : sept ateliers sont créés et transformeront également des os et le cuir. L’approvisionnement régulier favorise la valorisation par les restaurateurs et les industriels qui proposent samoussas, viande fumée, conserves de soupe ou civet et foie gras des mers. La viande de tortue d’élevage approvisionnera également, mais avec un succès moindre, certaines cantines scolaires.
L’ÉLEVAGE EN RANCH
OU RANCHING
Ce type d’élevage consiste à faire grossir en captivité des juvéniles prélevés dans le milieu naturel. Cela dispense de maintenir un cheptel de géniteurs captifs, par contre l’élevage est directement dépendant de la reproduction naturelle. Le ranch de Saint-Leu prélevait les nouveaux-nés sur les îles Eparses d'Europa et de Tromelin sur lesquelles plusieurs millions de naissances ont lieu chaque année. Afin de ne pas pénaliser le renouvellement des populations de tortues sur ces îles, seules les tortues naissant le jour pouvaient être prélevées pour le ranch: ces nouveaux-nés sont naturellement la proie des oiseaux marins, notamment des frégates. Le nombre de tortues prélevées était fixé par la préfecture de La Réunion après étude par l’ISTPM, (qui devint ensuite l’Ifremer) du nombre de traces de montées en ponte relevé chaque jour par le personnel de Météo France présent en permanence sur ces îles.
LA DIVERSIFICATION
AQUACOLE
L’évolution de la réglementation concernant le commerce des produits provenant des tortues marines, conduit l’entreprise à rechercher une diversification sur d’autres espèces. Après plusieurs essais, le choix se portera sur l’élevage associé: tortue/poisson. La Société Bourbonnaise d’Aquaculture (SBA), qui géra la ferme de 1986 à 1997, optera pour un tilapia euryhalin Oreochromis mossambicus (supportant de fortes variations de salinité) dont la reproduction en eau de mer est maîtrisée sur le site et qui permet une meilleure utilisation des bassins et de l’aliment distribué aux tortues. Dans les années 90, jusqu’à 25 tonnes par an seront commercialisées sous l’appellation Rouge Corail, dans les restaurants et les poissonneries sur les étals desquelles le poisson se distingue par sa robe unie orangée. Après avoir maintenu plus de 15 générations en eau de mer et exporté la souche en Afrique de l’Ouest, l’élevage de Rouge Corail s’arrêtera quelques années après celui de la tortue verte à laquelle il était associé.
DIFFICILE CONTEXTE RÉGLEMENTAIRE
Les ambitions réunionnaises sont contrariées en 1981, les tortues marines sont classées à l’annexe I de la convention de Washington (CITES), ce qui en interdit le commerce international. Localement les tortues sauvages sont protégées dés 1983 par arrêté préfectoral, et la France tente de démontrer que cette protection et l’élevage en ranch ne mettent pas en danger l’espèce pour obtenir des dérogations. Mais au contraire, la réglementation se durcira, et les marchés accessibles aux produits de la ferme se réduisent de plus en plus.
La Convention sur le commerce
international des espèces menacées
(Cites), 1963
le texte de la convention
la liste des espèces
LA FERME DE
TOUTES LES POLÉMIQUES
Pour les acteurs économiques et les collectivités, le ranch de Saint-Leu est le symbole d’une Réunion qui innove pour sortir d’un chômage «endémique» élevé et redresser la balance commerciale en exportant sa production. Les promoteurs de l’élevage assurent que la mise sur le marché de produits d’élevage fera baisser la pression sur les stocks sauvages et que la préservation des plages de ponte des îles Éparses, nécessaire pour assurer la pérennité des prélèvements de nouveaux-nés, contribue à la conservation de l’espèce. Par ailleurs, dans les années 80, cet élevage original sera le site touristique le plus visité de l’île.
Mais certaines associations écologistes combattront dés sa création et parfois durement, cet élevage d’une espèce menacée. Les conditions d’élevage et les écarts dans la gestion de l’établissement, dont les difficultés financières seront accrues par la réduction progressive de son marché, leur fourniront des arguments. Contrairement aux défenseurs du ranch, ces associations soutiennent que le maintien d’un commerce de tortue entretien un besoin et favorise indirectement le braconnage.
La presse locale et parfois nationale se fera largement l’écho de cette lutte entre opposants et défenseurs du ranch. Mais le débat autour du ranch, qui durera vingt ans, rendra à la tortue de mer la place qui était la sienne lors de l’arrivée des premiers colons sur l’île, et qu’elle avait perdu en se raréfiant.
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